96 % des 15-30 ans se déclarent plutôt en bonne santé[i]. La perception des jeunes est en phase avec les chiffres nationaux, si l’on se base sur le faible taux de mortalité, mais ne saurait masquer les problématiques psychiques et comportementales auxquelles ils sont confrontés : épisodes dépressifs, addictions diverses, troubles du sommeil, troubles alimentaires…[ii].

La santé des jeunes représente aujourd’hui un réel enjeu de santé publique. D’une part, les inégalités sociales persistent et ne favorisent pas un accès équitable aux soins et à la prévention. D’autre part, la jeunesse elle-même représente une étape de construction de l’identité et de transition qui rime avec prise de risques.

Le Baromètre Santé Jeunes 2010 de Santé Publique France, qui constitue à ce jour l’analyse la plus complète sur la santé des 15 à 30 ans en France (6 000 jeunes interrogés), a démontré qu’il existe différentes jeunesses au sein-même de cette catégorie :

  • Les comportements s’avèrent être très hétérogènes en fonction de l’âge, du sexe et également de la situation sociale et professionnelle.
  • Les évolutions sont notables entre les 15/25 ans et les 25/30 ans : en avançant dans l’âge, le sentiment de bien-être est moins important et les habitudes défavorables à la santé augmentent : consommation plus élevée de tabac et d’alcool, mauvaises habitudes alimentaires… [iii]

Nutrition, activité physique, tabac, alcool, drogue, sexualité (…), autant de thématiques sur lesquelles il est crucial de communiquer afin de réduire les risques sanitaires à court terme mais également à long terme, tels que les risques de cancer.

40% des cancers pourraient être évités en modifiant notre environnement et nos comportements[iv]. La prévention reste un axe fort pour lutter contre les cancers. Parce que les jeunes sont aussi acteurs de leur santé, qu’ils sont les adultes et éducateurs de demain, comment peut-on les sensibiliser aux risques de cancer et leur permettre d’adopter des comportements favorables à leur santé ? Comment leur donner envie de changer et d’inciter les autres à changer ?

Il faut avant tout comprendre les jeunes et suivre l’évolution de leurs perceptions et de leurs comportements.

Alors quels regards portent-ils sur le cancer ? C’est la question que la Ligue contre le Cancer a posé à des jeunes âgés de 15 à 18 ans, en mars 2017, à l’occasion de la Semaine nationale de lutte contre le cancer[v] :

Des résultats qui démontrent la sensibilité des jeunes à ce sujet ainsi que la nécessité de communiquer davantage sur les facteurs de risque qui sont plus ou moins bien identifiés. Rappelons que le tabac est le premier facteur de risque de cancers en France, suivi par l’alcool, l’obésité, le manque d’activité physique et l’alimentation[Vi].

A quels jeunes s’adresse-t-on aujourd’hui ? Alors que le baromètre Santé Jeunes 2010 analysait la génération Y (nés entre 1980 et 1995), aujourd’hui les enjeux de communication santé doivent être envisagés par rapport aux comportements technologiques de la génération Z (nés après 1995). Contrairement aux Y qui ont grandi avec la télévision, l’apparition d’internet, du mobile et de Facebook, les Z sont nés dans l’hyperconnectivité : ils sont constamment sur des écrans tactiles et délaissent Facebook pour Instagram et encore Snapchat [Vii].

Il faut donc s’adapter aux usages de la génération Z, conjuguer les approches en promotion de la santé et les codes actuels de communication digitale :

  • Communiquer de manière simple, efficace et vraie au moyen de messages courts, de formats attractifs, de contenus inspirés du quotidien.
  • Communiquer sur le présent et l’immédiateté, mettre en avant les bénéfices santé à court terme, plus en phase avec la perception des jeunes.
  • Communiquer vite et de manière ludique, multiplier les formats sur Instagram (image, vidéo, live, stories, quiz, sondage…), proposer des dispositifs interactifs (serious game, jeux tactiles…).
  • Adopter une approche positive et participative, éviter le discours moralisateur, valoriser les actions qui ont du sens, placer les jeunes au centre des actions de prévention.
  • Miser sur les pairs, ambassadeurs du quotidien (camarades de classe, amis…) ou influenceurs sur Instagram, reconnus et écoutés par les jeunes.

Les démarches participatives sont aujourd’hui au cœur des actions de prévention des cancers auprès des jeunes.

Le Centre Léon Bérard – centre de lutte contre le cancer à Lyon, soutenu par la Région Auvergne Rhône-Alpes – et le comité du Rhône de la ligue contre le cancer ont notamment co-construit avec des jeunes et un comité d’experts pluridisciplinaires, l’exposition interactive Prendre soin de soi et prévenir les risques de cancer. Actuellement déployée dans les lieux fréquentés par les jeunes de la région Auvergne Rhône-Alpes, cette exposition propose des panneaux d’informations et des jeux tactiles, sous forme de drag and drop et de quiz, pour tester leurs connaissances et idées-reçues sur les facteurs de risques liés à l’environnement : dépistage, vaccination, alcool, tabac, santé-environnement, soleil, alimentation…

“ Il s’agit d’une réelle démarche de co-création. Nous nous sommes appuyés sur le contenu du site www.cancer-environnement.fr du Centre Léon Bérard pour définir les thématiques et les messages, en étroite collaboration avec la ligue contre le cancer. Les jeunes nous ont orientés dans le choix des mots, des pictogrammes, de l’ergonomie des jeux tactiles et même des couleurs. ”, précise Camille Allary, consultante en santé numérique chez Interlude Santé, à l’initiative de la démarche. “Cette exposition peut être facilement installée dans les établissements scolaires de la Région Auvergne Rhône-Alpes afin que les élèves puissent être sensibilisés à la prévention et échanger sur ces différents enjeux ; et nous souhaitons qu’elle puisse aussi être présente dans des festivals et évènements appréciés des jeunes“, ajoute Julien Carretier, Responsable du pôle Information des publics au département Cancer Environnement du Centre Léon Bérard.

De nouvelles démarches participatives se dessinent également sur Instagram et Snapchat, face aux stratégies marketing de certains alcooliers et industries du tabac qui n’hésitent pas à contourner la loi Evin en s’achetant une présence sur les comptes des influenceurs (sans mentions obligatoires) ou par le biais de publicités interstitielles[vii]. En faisant appel à des pairs, les messages sont d’autant plus impactants et crédibles et donnent une image positive de l’alcool et du tabac, en écartant toute notion de risque.

Pour contrer ces nouvelles pratiques, le centre Hygée, plateforme de recherche dédiée à la prévention des cancers du réseau CLARA (Cancéropôle Lyon Auvergne Rhône Alpes), a lancé en juin dernier le challenge #ouvreloeil. Les chercheurs ont proposé à des adolescents de les aider à repérer les placements de produits sur leurs écrans. Le challenge consistait à partager en message privé sur Instagram et Snapchat les screens des placements de produits lors de visionnage de vidéos, en échange de places de cinéma. Cette initiative a permis aux jeunes de devenir acteurs plutôt que consommateurs, de développer leur esprit critique face à ces dérives publicitaires et ainsi de comprendre les risques qui les entourent.

Communiquer sur les risques de cancer ne se réduit donc pas à la compréhension des perceptions et des usages de la génération Z, ni à une transmission descendante des connaissances. Les approches participatives donnent l’opportunité aux jeunes de réfléchir, de comprendre et d’intégrer naturellement la notion de risque et de changement, quelques soient leur niveau de connaissance et leur volonté d’agir.

«Apporter des repères pour comprendre les risques de cancer et éclairer les choix individuels représentent une première étape indispensable pour développer une culture de prévention et permettre à chacun de prendre soin de sa santé.», souligne Julien Carretier.

La mobilisation concrète des jeunes et la co-construction de projets offline et online sont donc de véritables leviers d’éducation et promotion de la santé mais également des révélateurs permettant aux acteurs de santé de réinventer leurs stratégies de communication pour toucher efficacement les jeunes et ainsi relever le défi de parler « cancer » à la génération Z !

 

Emeline Girard – MBA communication & santé EFAP

 


[i] Priorité Prévention, Plan national de santé publique 2018-2019, Ministère des solidarités et de la Santé – Données du Haut conseil de la santé publique et de la DRESS

[ii] Rapport mission santé et bien-être des jeunes, Ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse, novembre 2016

[iii] Les comportements de santé des jeunes – Analyses du Baromètre santé 2010, Santé Publique France

[iv] https://www.e-cancer.fr/Comprendre-prevenir-depister/Reduire-les-risques-de-cancer, INCa, 2018

[v] Sondage OpinionWay réalisé pour la Ligue contre le cancer du 1er au 6 mars 2017, sur un échantillon de 504 jeunes âgés de 15 à 18 ans représentatif de la population française.

[Vi] CIRC / INCa, 2018

[Vii] Sondage Parole aux jeunes : Snapchat et Instagram, roi et reine des réseaux !, Diplomeo, janvier 2019

[vii] Ces pratiques sont suivies et analysées tous les mois par le projet de veille Alcoolator de l’association Avenir Santé.