La Santé Durable, un terme apparu seulement depuis 2002, est défini par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme « un état complet de bien-être physique, mental et social atteint et maintenu tout au long de la vie grâce à des conditions de vie saines, enrichissantes et épanouissantes et à l’accès à des ressources appropriées, de qualité, utilisées de façon responsable et efficiente ». En 2017, selon l’OMS, la moitié de la population de la planète n’avait pas accès aux soins essentiels. Une réalité alarmante plaçant la Santé Durable au coeur des enjeux de santé publique et l’inscrivant dans les objectifs du 21e siècle. Il s’agit alors de créer une « nouvelle démarche de la santé globale », privilégiant la prévention et la préservation de l’environnement1.

Tableau 1 : Médecins Sans Frontières – L’accès aux soins est un droit fondamental pour tous2

Un projet ambitieux qui soulève bien des questions quant à son application. Pour y voir plus clair, nous allons nous pencher sur la santé de la femme en particulier, comprendre comment celle-ci influe significativement sur la santé publique mondiale et comment la notion d’empowerment peut renverser ces tendances.

L’Etat des lieux de la santé des femmes :

Le saviez-vous ?
Si nous parlons beaucoup d’inégalité et de disparité entre les femmes et les hommes au sens socio-culturel, sachez que les femmes et les hommes sont aussi inégaux face aux maladies. Etre une femme ou une jeune fille aujourd’hui, ce n’est pas seulement être biologiquement plus susceptible d’être infectée par des virus tels que le VIH3, par exemple (60% des jeunes de 15 à 24 ans vivant avec le virus du VIH sont des jeunes femmes4). Etre une femme ou une jeune fille aujourd’hui, c’est aussi se voir considérablement désavantagée face à ses pairs, en raison de discriminations
fortement ancrées dans la civilisation, telles que :
– Des relations inégales entre hommes et femmes ;
– Des normes sociales qui réduisent leurs possibilités
d’éducation et d’emploi rémunéré ;
– Une vision de la femme centrée exclusivement sur
son rôle procréateur ;
– Des menaces ou de réelles violences physiques,
sexuelles et émotionnelles.5

Figure 1 : La Stratégie mondiale pour la santé de la femme, de l’enfant et de l’adolescent (2016-2030) de l’OMS

A titre d’exemple, et selon l’OMS, les décès maternels représentent la deuxième cause de mortalité chez les femmes en âge de procréer, dans le monde. Un chiffre qui s’élève à 289 000 femmes en 2014, dont 99% dans les pays en voie de développement, et qui en fait la priorité de la Stratégie mondiale pour la santé de la femme (2016-2030).

US$ 3 milliards / an

C’est le montant du travail non rémunéré que les
femmes fournissent dans le secteur de la santé.

Or, il est intéressant de noter que les femmes représentent 70% des personnels de santé et des travailleurs sociaux dans le monde, alors que seulement la moitié de leur contribution est aujourd’hui rémunérée. Le montant du travail non rémunéré qu’elles fournissent s’élève à environ 3 milliards de dollars américains, chaque année.

Quelles solutions apporter ?

Aujourd’hui, l’empowerment ou autonomisation des femmes est devenu un terme presque récurrent.
Mais comment l’appliquer au secteur de la santé ? Avons-nous de réels résultats sur son efficacité et sa contribution à l’amélioration durable de la santé dans le monde ? Nina Wallerstein, auteure du rapport sur l’empowerment pour l’OMS, définit cette notion comme « le résultat d’une interaction dynamique entre deux niveaux : le développement de compétences individuelles (internes) et le dépassement de barrières structurelles (externes), afin d’améliorer les conditions de vie des plus défavorisées »6.

L’Amref Flying Doctors, première ONG africaine de santé publique, se bat, depuis 60 ans, pour un accès équitable aux soins avec une priorité donnée aux femmes et aux enfants. La campagne internationale lancée en 2011 par l’Amref « Stand Up for African Mothers » a permis de former 11 726 sages-femmes issues des pays d’intervention de l’ONG et ainsi de contribuer à réduire de 25% la mortalité maternelle en Afrique subsaharienne7. Depuis 2018, elle s’empare de la question des Mutilations Sexuelles Féminines afin de répondre à l’objectif fixé par l’ONU de faire cesser définitivement ces pratiques d’ici 2030. L’Amref s’implique chaque jour aux côtés de jeunes filles Maasaï telles que Nice Nailantei Leng’ete, afin de développer et promouvoir des rites de passage alternatifs, sans violence, conçus et conduits par et avec les communautés.

« Nous avons remplacé la mutilation par l’éducation » Nice Nailantei Leng’ete, Ambassadrice internationale de l’Amref contre les Mutilations Sexuelles Féminines, classée parmi les 100 personnes les plus influentes au monde par le Time Magazine.

Nice Nailantei Leng’ete a su faire entendre son refus d’être mutilée à 8 ans et a ainsi pu échapper au mariage forcé et continuer à aller à l’école. Ce n’est pas le cas de toutes les jeunes filles de son village et ce n’est toujours pas le cas d’un grand nombre de jeunes filles dans le monde. L’UNICEF recense à ce jour 200 millions de femmes ayant subi une forme de mutilation et 3 millions de jeunes filles encore exposées à ce risque. Ces pratiques représentent un réel danger sanitaire, de niveau mondial, pour la santé de la femme. Nice a su se faire entendre et a ainsi permis à 16 000 jeunes filles de connaître leurs droits, d’échapper au mariage forcé, de continuer à aller à l’école et de se construire un avenir.

« Le dernier jour du rituel de passage, la communauté se rassemble et bénit les jeunes filles pour qu’elles deviennent les femmes qu’elles rêvent d’être, et non plus des femmes qui s’occupent de leurs maris et enfants. On leur donne livres, stylos et la bénédiction de la communauté pour qu’elles deviennent professeures, journalistes, photographes… Tout ce qu’elles souhaitent ».
– Nice Nailantei Leng’ete

Dans leur rapport « Autonomisation des Femmes et égalités des sexes », les partenaires en Population et Développement ont soulevé un point historique important : les femmes ont joué un rôle crucial « dans la promotion des changements dans la société, les attitudes et la politique, notamment en matière de législation du travail et de droit de la famille. » Lorsque les femmes s’organisent en réseaux, leur autonomisation est davantage entendue et soutenue8.

Un grand nombre d’études ont porté sur l’empowerment des populations socialement désavantagées, telles que les femmes, et se sont avérées. Les femmes en mesure de se prendre en charge ont moins d’enfants, sont plus enclines à avoir accès aux services de santé et subissent moins de violences domestiques. Les inégalités sanitaires et sociales règnent mais des solutions – gouvernementales ou non – sont mises en place. Et, parmi celles-ci, l’éducation des populations reste la plus efficiente pour l’autonomisation des femmes et pour lutter contre les inégalités sociales et sanitaires entre les sexes. Plus les femmes ont accès à une éducation de qualité, plus elles deviennent autonomes et plus elles prennent conscience de leur importance dans la société et de l’importance à faire valoir leur droit en termes d’accès aux soins9.

Figure 1. Autonomisation et égalité des sexes : des objectifs essentiels à atteindre pour sauver la vie des femmes - OMS

Communiquer, c’est éduquer.

L’étude de Pratley (2016) conclut « l’hypothèse selon laquelle l’empowerment des femmes est
positivement associé à des résultats favorables en termes de santé des mères et de leurs enfants, et
ce de manière significative ». 10
En d’autres termes, il est prouvé que lorsque les femmes deviennent des membres actives de leur
santé, elles aident à rendre la santé mondiale de demain significativement plus durable. L’autonomisation et la santé des femmes et des jeunes filles ne vont pas l’une sans l’autre. Tout comme l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ne peuvent être dissociées. Ce sont là, les prémisses d’une amélioration durable de la santé mondiale pour les femmes, par les femmes. La Santé est un droit pour tous et il est essentiel au bon fonctionnement de notre société. Promouvoir l’autonomisation des femmes et des jeunes filles, c’est contribuer à une amélioration durable de la
santé dans le monde.

N’oublions pas : communiquer c’est éduquer !

Morgane Laudouze – Etudiante en MBA Communication & Santé à l’EFAP

 


Références :

Autres :