L'innovation au bloc opératoire : perspectives et enjeux - Lucie Humeau, Orange Consulting, équipe santé

Le développement de la chirurgie ambulatoire constitue une mutation profonde de l’organisation hospitalière et fait évoluer la conception des lieux de soins : d’un hôpital pensé comme lieu de séjour dans la durée, nous évoluons progressivement vers un hôpital « hub de soins », simple lieu de passage pour une majorité de patients. Ce virage ambulatoire a pour pendant le développement de l’hospitalisation à domicile, qui recentre la prise en charge dans l’hôpital sur des actes de haute technicité, impossibles à « délocaliser » hors les murs. Dans ce contexte, la place du bloc opératoire comme noyau dur de l’activité hospitalière est vivement réaffirmée. Alors que des tâches préalables et postérieures à l’hospitalisation sont progressivement digitalisées (préadmission et questionnaire de satisfaction en ligne, suivi de l’état de santé du patient sur une application à son retour à domicile,…), qu’en est-il du passage au bloc opératoire ? Comment la technologie est-elle mise au service de la technicité chirurgicale ?

 

Des innovations variées, au service d’une meilleure prise en charge du patient

Plusieurs innovations font évoluer la préparation et le déroulement de l’intervention chirurgicale, en assistant le travail du chirurgien :

  • En amont de l’intervention, la possibilité pour le chirurgien de s’entraîner par ordinateur sur un « clone virtuel » du patient, reconstitué au format 3D grâce à l’exploitation et à la colorisation d’images scanners ou IRM. Ces reproductions permettront au chirurgien de localiser précisément la zone à opérer avant l’opération, et ainsi d’établir une stratégie opératoire optimisée. L’impression 3D de ces éléments sera également un moyen d’entraînement et de formation pour le personnel médical et paramédical (gamification).
  • Pendant l’intervention, l’application de la réalité augmentée à la chirurgie : le chirurgien pourra porter des lunettes 3D permettant d’apposer l’ « hologramme » au corps du patient, afin de guider précisément le geste chirurgical et servir de « GPS » (pose de prothèse par exemple). Ces lunettes pourront permettre aussi de suivre les constantes du patient qui s’afficheront en temps réel dans le champ de vision. En novembre 2017, la pose d’une prothèse d’épaule à l’aide du casque de réalité augmentée HoloLens (Microsoft), à l’hôpital Avicenne, sera une première en la matière.
  • L’utilisation de robots chirurgicaux atteignant une très grande précision et réactivité, pour une assistance opératoire optimisée. Leur progrès réside notamment dans la capacité à reproduire parfaitement – voire améliorer – le geste du chirurgien via le robot sur le patient : correction des gestes parasites, sensation de toucher du chirurgien, miniaturisation de l’extrémité des instruments pour davantage de précision,...Les modernisations progressives du robot Da Vinci (Intuitive Surgical) en sont des pionniers.
  • L’entrée de l’imagerie au sein d’un bloc opératoire « hybride ». L’utilisation d’équipements d’imagerie (scanners, IRM) pendant l’intervention permettra de suivre en temps réel la progression du bistouri. La radiologie interventionnelle en constituait une première étape, les progrès technologiques ouvrent désormais des horizons plus larges à la conjugaison de l’imagerie et de la technique chirurgicale au bloc.
  • Le partage d’informations à distance et la télé-expertise : alors que l’association de professionnels à distance est déjà effective dans les phases pré et post-opératoires (RCP, télé expertise,…), la phase peropératoire est progressivement impactée elle aussi. La compression des clichés radiologiques permet un envoi plus rapide et plus simple, afin d’inclure dans l’intervention des praticiens à distance. De plus, à terme, le partage des informations des lunettes 3D du chirurgien sera également envisageable, précieux moyen de partage d’expertise en temps réel.

Ces techniques opératoires innovantes pourront avoir un impact positif fort sur les patients, même dans le cas d’interventions complexes. En effet, le ciblage précis de la zone à opérer, couplé à la très grande précision dans le mouvement du chirurgien, permettent de réaliser des chirurgies mini-invasives dont les vertus pour le patient sont nombreuses : cicatrisation plus rapide, effets secondaires post-chirurgicaux moins lourds, retour à domicile plus rapide et réduction du risque de complications, entre autres. Ces innovations s’inscrivent donc pleinement dans la logique de Récupération Accélérée Après Chirurgie (RAAC) promue par la HAS.

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Des progrès opératoires portés par des technologies de télécommunication de pointe, et une montée en compétences du personnel de soins

Ces progrès sont sous-tendus par la mise en œuvre de plusieurs technologies. L’amélioration de la connectivité en est un moteur principal (5G, LAN optique,…). Par exemple, la création d’une sensation de toucher pour le chirurgien lors de l’utilisation de robots chirurgicaux est conditionnée par la réduction du temps de transmission entre le geste humain et le robot. En outre, la quantité de données et calculs à gérer en support de ces technologies – parfois en temps réel - nécessite de disposer d’une capacité considérable de collecte et traitement d’informations. Enfin, la sécurisation et la fiabilité de ces réseaux sont indispensables au déploiement de ces techniques opératoires, les données utilisées dans le bloc étant critiques et strictement confidentielles.

Le déploiement de ces nouvelles configurations opératoires va entraîner une évolution des compétences : le personnel médical et paramédical devra être accompagné dans son appropriation des nouveaux outils, au service d’une utilisation optimale de ces technologies.